2012, Tout va bien

Voyant la silhouette terrifiante de florent philippot tapie dans l’ombre de sa victoire, je m’interroge sur ce qui nous a rendus si laid. Comment pouvons-nous ressembler de si près à un mauvais méchant dans un film au scénario pourtant si con.

Comment concevoir la critique ? Une critique utile au monde ? Il y a en ce moment un désir de réinvestir la culture cinéphilique dont nous sommes les héritiers. Alors comment faire ? Le cinéma pourrait être un prétexte pour parler du monde ?  Non, je ne le crois pas, je n’y crois plus. Il était question dans nos écrits sur Oslo, 31 août, d’une jeunesse intellectuelle qui se suicide par la fuite. Bravo et merci les années 80.

Le socialisme français ce n’est pas la gauche, Hollande n’a jamais été aussi à l’aise : ne rien faire sera son activité principale. Et ne jouons pas les étonnés face à la preuve explicite que notre pays est xénophobe, aux portes d’un fascisme dynamique et lisse, d’une terreur dont nous ne mesurons que les prémices. Cinq ans de socialisme et cette « démocratie » n’aura plus à se questionner sur la droite de sa droite : « Tous unis pour un fascisme transparent ! ». Repensons aux constats alarmants que tire Foucault à la fin de Surveiller et Punir quant à la naïveté du projet nazi. Aujourd’hui les questions ne seront plus les mêmes, ou ne se reformuleront pas de la même manière qu’en 39. La droite qui depuis Giscard donne la parole au peuple pour mieux écrire sa mémoire, son Histoire et ses revendications, cette droite est la seule puissance qu’il faille considérer et craindre depuis hier soir. Oui, le fascisme est presque au pouvoir il fait en tout cas pas loin de 20%. Il est issu de 40 ans d’idéologie, de naturalisation, de concepts démagogiques portés par tous les représentants de la bourgeoisie qui se sont disputés le pouvoir au nom des enjeux qui regardent le peuple. Chirac/Mitterrand, Jospin/Chirac : histoire d’unir droite et gauche sur tout ce qui aurait pu diviser fondamentalement un prolétaire en mal de réforme et un bourgeois (type prof en collège privé) en mal de compassion. Bref, cet anéantissement des valeurs de la gauche sur le champ du politique (celle qui ne demande pas l’attention de ceux qui les tolèrent par nature) n’a pas été assez étudiée depuis que l’ensemble de ce pays a renoncé à la lutte – Juillet 68 – (lire de Certeau/revoir Tout va bien de Godard).

Voyant la silhouette terrifiante de Florent Philippot tapie dans l’ombre de sa victoire, je m’interroge sur ce qui nous a rendus si laids. Comment pouvons-nous ressembler de si près à un mauvais méchant dans un film au scénario pourtant si con ? Ce qu’à un moment on osait appeler les « appareils idéologiques d’États » (désormais on parle fièrement de médias et de com’) ont rendu cette présence logique, c’est une image qui a été apprivoisée par Sarkozy qui n’a plus à faire d’efforts pour assumer les sources terrifiantes de son sens de la communication, de son idéologie. L’objet que nous devrions imposer à la critique des images c’est cette montée du fascisme amenée pitoyablement et grossièrement par l’individualisme sarkozyste. C’est l’heure de l’ère des votes d’humeur et de l’écoute omniprésente, qu’elle soit démagogique ou sécuritaire dans cette alternance amicale entre le brave et le salaud. Il faut lire la nature humaine qui se dessine depuis Lucien LacombeRabbi Jacob, les films Rétros (relire la fonction critique de Daney). Il faut traduire le discours d’un certain type de pouvoir omniprésent et grandissant depuis les années 70 (Mitterrand compris). Pourquoi et comment l’homme occidental a fini par n’avoir pour seul référent que sa propre existence au point d’avoir anéanti sa nature, sa conscience et surtout sa mémoire. Je rappelle simplement par cet article que Nuit et Brouillard reste un film qu’il suffit de regarder pour savoir jusqu’où l’homme a pu s’oublier.

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