Éditorial

 

À l’heure du repli, la fenêtre qui nous donna l’envie de voir, celle qui donnait sur le monde depuis notre obscur autisme, cette lucarne aujourd’hui drapée de patriotisme, nous filerait presque l’impression que le cinéma a rendu l’âme. Or, s’il peut parfois donner ce sentiment d’effacement progressif, c’est pour mieux  obliger à traquer idéologiquement la toile, à traquer l’omniprésence de la naturalisation de classe.

Comprendre une image montée par/pour l’arrogance du visuel, dans notre société du spectacle, nous oblige à harceler les espaces de représentations là où nous nous attendions le moins du monde à croiser leurs regards. Logique : nous faisons partie du film.

Il faut bien reconnaître, en toute objectivité, que la critique de cinéma est passée d’un siècle à l’autre du dandysme au snobisme. Mais c’est la vulgarisation qui impose, sur Sédition, une posture de noblesse face aux objets volontairement jetés avec l’eau du bain. Les questions qu’il nous faut tenter de poser sont graves. Il en va de notre mémoire.

La persistance du regard et, par extension, du jugement critique est le moyen le plus sûr que nous ayons trouvé sur la revue afin d’éclairer les objets qui interpellent nos sensibilités diverses.

C’est donc l’éclairage que nous affirmons ici comme objet, dans l’électricité de nos mouvements plus ou moins volontaires.

 

Frédéric Chandelier