Le Gospel de l’Âge du Fer Rouillé / Scène coupée au montage #01 : // Les Backstage de l’Olympe //

Le film est projeté par le collectif des délires individuels.
La scène : les backstage de l’Olympe, VIP, côté loge, après le show.
Les portes des loges sont closes. De l’interstice du dessous jute une lumière bouleversante.
Si compté que l’on ait bon goût, ils sont tous là derrière, toutes les légendes.
Dans le couloir, il y a le cortège des admirateurs qui attend (avec, pour la couleur locale, tout de même, un peu de nuages qui flottent tout autour).
Des journalistes faussement décontractés aussi – pole position dans la file évidemment – cornes et queues, crânes qui fument.
Un peu de personnel aussi – des saints de l’entourage du deuxième cercle avec des auréoles tamisées – quelques gardes du corps – menhirs et champ de force super-angélique.
Et puis évidemment, donc, les fans, tout le club ; les professionnels, les obsédés et les amoureuses, incapables d’agir naturellement. Une détermination de maraboutés. Vestes et pin’s étudiés, rouge à lèvres de guerre érotique / les aisselles brûlantes et les yeux qui peinent à retenir de s’énucléer / quelques langoureuses paupières à moitié tombées sur le beat mou de la MDMA font illusions et des langues démentes, cent fois tournées dans des bouches sèches, entraînées au silence béat comme au sexe le plus romain se distinguent ; certains sont bien sûr trop vieux pour être là et certaines scandaleusement trop jeunes – mais pourtant toutes prêtes à déchirer ce qui passera de l’Adoré sous leurs mains comme les ménades Orphée – les groupies sont les ménades de l’Âge du Fer Rouillé.

Elle, c’est Prince (elle a d’ailleurs complètement intégrée les célèbres œillades de son idole), sa copine, juste à côté, elle, elle ne jure que par Jim Morrison (elle porte un chapeau), lui, c’est Lou Reed (je le connais très bien) et son pote, à côté, là, évidemment, c’est Bowie (il est très compétent sur les questions astronomiques) et puis que dire de cette beauté – U.G.Q. : The Ultimate Groupie Queen – de Kurt Cobain ? A peine seize ans et déjà le visage de ces jeunes femmes disparues, ces jeunes saintes iconisées, ‘Miss-Ing’, sur les bouteilles de lait : et déjà aussi deux semaines de passées depuis qu’elle a fugué – histoire de dispute à propos d’un tatouage encore sous cellophane, police 48 facilement, assez raté, tout le long du bras : ‘NEVERMIND’.
Et Les portes des backstage qui restent closes – et la lumière bouleversante qui jute toujours de l’interstice du dessous.
C’est long toute une éternité.
Les larmes montent aux yeux.

Ces basckstage c’est l’enfer du fan. Son paradis c’est chez lui, la platine, les écouteurs, un peu de weed.

Comme le chante Nick Cave dans Red Right Hand, un chanteur de légende c’est un fantôme, un Dieu, un homme, un gourou. Pas un de chaque au choix mais un peu de tous ; quelqu’un qui pris par ce bout-là sera toujours décevant, un infréquentable irresponsable qui ranimera tous ces rêves qu’il t’a fallu une vie pour détruire et pour qui le fan n’est qu’un rouage microscopique dans son plan catastrophique. Conçu et dirigé par sa ma main droite sanglante.

Derrière les portes des Backstage c’est la foire aux horreurs : il n’y a plus de chanteurs mais que des chimères avec d’épouvantables ‘noms dans le civil’. Y entrer c’est tuer pour toujours le chanteur dans son cœur. Des deux, le seul qui existe vraiment.

Trop de morts imaginaires sur le champ de bataille miné.

Il faudrait clouer une plaque dorée sur la porte :

LES COULISSES DU RÊVE : RIEN A VOIR PAR ICI, ET CERTAINEMENT PAS LA REALITE !!!

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