Images d’Amérique, ruptures et continuités

L’Amérique de Donald Trump voudrait déstabiliser la Corée du Nord. C’est là le moyen, pour elle, de faire diversion. Les États-Unis ont trop de problèmes intérieurs. La politique étrangère déployée depuis la dernière élection permet de pratiquer un isolationnisme forcené notamment en ébranlant une infime maille de la chaîne internationale. Dans la même dynamique cette  Amérique fonce sur la Russie de Vladimir Poutine et la Chine ; alliée naturelle de la Corée du Nord.

Parallèlement le despote vise les Caraïbes qui pèsent énormément dans le contexte géopolitique actuel. Il le fait pour deux raisons fondamentales : la première consiste à garder le cap sur Cuba, ce caillou dans la chaussure états-unienne. La  seconde cible s’appelle Venezuela où le peuple cherche à renverser le pouvoir de Nicolas Maduro. La logique trumpiste refuse de lever l’embargo qui pèse sur Cuba. La politique « d’apaisement »  qu’avaient inaugurée Barack Obama et Raoul Castro est en voie de clôture, ce qui implique que certains investissements états-uniens n’atteignent jamais Cuba surtout dans le domaine du tourisme, des importations de denrées alimentaires dont la population a cruellement besoin.

La déstabilisation du Venezuela trouve ici toute sa logique destructrice parce qu’il est un partenaire commercial très important pour Cuba sur le plan pétrolier. Ce pétrole, devenu une arme économique sans pareil, est ce qui explique la logique de renversement madurienne. Pour autant Maduro est très paradoxalement devenu plus puissant grâce aux attaques de l’Amérique. Il est parvenu à rassembler. Sa politique a acquis un indéniable soutien populaire. La situation se congèle face aux problématiques de la Catalogne qui crie à l’indépendance. Toute l’attention se focalise sur cette problématique. Il y a là plusieurs scénarios liés mais représentés par les médias comme distincts les uns des autres : une chimère.

Restons sur cette idée scénaristique ; au scénario des Caraïbes s’ajoute celui européen avec la problématique catalane, le scénario de l’Extrême-Orient avec la Corée, la Chine et la Russie. Il y a là une zone d’influence très forte depuis que les Russes et les Chinois ont bâti leur union monétaire. Maduro exporte son pétrole qu’il se fait payer désormais en monnaie chinoise. Il a écarté de ses transactions commerciales le dollar pour briser sa dépendance économique rendue à l’Amérique. Comment ne pas voir ici une stratégie de survie de dernier recours au regard d’un engrenage économique insoluble ?

Parallèlement tout ce contexte escamote la réalité interne des États-Unis où la xénophobie la plus morbide refait surface.  Le Ku Klux Klan et les groupuscules racistes se décomplexent. À cette montée en puissance de la haine se sont ajoutées les catastrophes naturelles. Ce n’est pas sans liens. Si Porto Rico  est abandonné à son sort son isolement n’est-il pas la somme d’une ségrégation qui s’affiche ostensiblement ? L’État laisse mourir. Le non acte est délibéré face à une dévastation que nul n’est censé ignorer. Que reste-t-il de Saint Martin, de Cuba, de la Barbade, de Saint Vincent et les Grenadines, de la Floride ? Face aux cataclysmes, dans sa détestable logique, Trump n’avait d’autre solution que celle de faire diversion. Une diversion entièrement appuyée sur une politique étrangère musclée. Une politique étrangère elle-même isolationniste. Certains gouvernements européens ne cautionnent pas cette logique trumpiste menée en Extrême-Orient. Ce qui saute aux yeux c’est le fait que ce président des États-Unis soit le produit, la personnification même des médias dont il use. Trump « symptomatise » la défaite de la politique. Il  incarne une idéologie réactionnaire qui n’a rien à voir avec le conservatisme états-unien que nous avons connu jusque-là. Il personnifie l’extrême droite à l’état brut, la partie la plus obtuse, la plus inculte de son pays.  En cela le président des États-Unis provoque une indéniable rupture dans l’Histoire. Une rupture avec le passé qui permettait une alternance entre les républicains et la droite populiste des démocrates.

La politique étrangère pouvait jusque-là être considérée comme linéaire de par les intérêts qui faisaient perdurer les enjeux communs aux deux partis notamment en ce qui concerne la conception globalisante de la politique impérialiste des États-Unis. Avec Donald Trump se manifeste un isolationnisme qui renoue avec une tradition très ancienne de la politique étrangère du pays. Ce qui se joue en ce moment c’est la récupération de cet isolationnisme qui remonte à la Première Guerre mondiale. Il y a cent ans lorsque les Américains sont  entrés en guerre, cette logique de réclusion fut brisée. L’Amérique a commencé à être très présente du point de vue de son ingérence planétaire. La Seconde Guerre mondiale a confirmé cette ingérence et la croissance d’une indéniable domination des États-Unis. À partir de là l’Europe est devenue dépendante, elle a subi et subit encore l’impérialisme américain. L’Europe est désormais une force de frappe au service de son patron.

Toute cette théâtralité de l’esclave Macron serrant la main de son maître ne recouvre que le domaine de l’image. Si on se penche un peu sur le comportement du nouveau président français à l’égard du Venezuela, on peut lire une attitude ambigüe qui trahit bien notre subordination à l’Amérique. D’une part Macron déclare que le problème est interne, qu’il ne le regarde pas mais affirme que la France tient au dialogue. Puis il joue l’hôte de la pire opposition vénézuélienne. Trump écrit le script, Macron s’exécute. Il n’intervient pas sur les problématiques espagnoles, son silence l’assigne à résidence. On peut reconnaître ici une logique de dépendance subordonnée aux directives étrangères de Washington. En France rien ne change de Chirac à nos jours. Certains diront, emportés par une absurde nostalgie, que le temps du gaullisme est regrettable car ce fut la seule période durant laquelle la France a souligné sa souveraineté et son indépendance face à l’ingérence états-unienne. Cette tradition s’est brisée après sa mort. Ont suivi un Pompidou atlantiste, un Giscard qui enfonça le clou plus profond encore. Puis Mitterrand a tenté de repêcher le gaullisme du point de vue de la politique étrangère. Son échec sur ce plan fut cuisant, il ne parvint jamais à imprimer une politique de large indépendance. Les gouvernements successifs nous ont fait assister au retour en force de la France dans l’OTAN. Cela n’a fait que confirmer la dépendance d’un pays soumis aux États-Unis. Ce qui fait surface avec Donald Trump c’est le fait qu’il n’y a pas de limites. Aucune loi, aucun contrepoids n’empêche désormais qu’un aventurier fou fasse n’importe quoi.

On sait donc que la Corée du Nord est épaulée par la Chine et la Russie : deux alliés de poids. Trump n’a pas, dans les faits, une très large marge de manœuvre. Les Chinois ont acheté une grosse partie de la dette intérieure américaine. Quand l’argent devient roi, qu’il conditionne tous les comportements, il n’est pas aisé d’aller jusqu’au bout de ce qu’on met en tension, de ce que l’on met en scène. De cette logique économique découle la mascarade « surenchériste » que Trump brandit comme une arme. Une balle à blanc. Formellement l’Amérique ne peut déclarer autre chose qu’une guerre des nerfs. Nous assistons à un terrorisme psychologique qui ne peut mener nulle part. Il serait trop risqué de s’embarquer dans un conflit nucléaire au moment où la Chine et la Russie tissent des liens si forts sur le plan économique dans le seul but d’avoir une plus large marge de manœuvre en termes de politique étrangère.

À cela il faut ajouter la forte présence chinoise en Afrique, sa gourmandise en matière première et le fait que la Chine rémunère en infrastructures. En échange du bois, des diamants, des métaux stratégiques, du café et surtout du charbon, la Chine paie en aéroport, en bâtiments, en autoroute. L’Afrique traverse une dramatique période de recolonisation. Au Mali et au Niger l’uranium est au cœur du conflit. Il est le nerf de cette course au nucléaire. Les États-Unis ont perdu du terrain dans l’histoire. Se joue alors en sourdine une lutte entre deux puissances mondiales sur un territoire volé.

Les coups de communication de Trump se relativisent à l’échelle de ce qui le dépasse. Reste l’image de la violence rendue à la dérision guignolesque de l’impuissance du spectacle, du Show. Mais le Show a sa raison d’être, il faut mettre dans la note de frais des États-Unis les pressions opérées par le complexe militaro-industriel et financier, lequel impute à Trump (comme il l’aurait fait avec Hillary Clinton) de s’engager dans des guerres coûte que coûte. C’est ce qui fait loi ; les politiciens qui ont gouverné les États-Unis, de 1945 à aujourd’hui ont tous été les otages plus ou moins hystériques de cette industrie criminelle. La logique militaire doit se perpétuer dans le seul but de rentabiliser sa propre économie. Tant que les capitaux colossaux investis dans le domaine n’auront pas assuré leur rendement la machine tournera à vide. Ce vide serait-il l’essence des guerres du XXIe siècle ?

Commentaires

commentaires

Publié par
More from Luis Dapelo

Images d’Amérique, ruptures et continuités

L’Amérique de Donald Trump voudrait déstabiliser la Corée du Nord. C’est là...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *