KECHICHE : LE PREMIER KEBAB EST TOUJOURS LE DERNIER

J’ai voulu converser avec A. du dernier Kechiche.
Il me dit « Non, j’aurais l’impression d’acheter un ticket pour Plus belle la vie ! »
Je suis donc allée voir ce film seule, fascinée devant ces1h30 de danse sensuelo-cheap.
Des culs, des bouches qui mangent des moules et des fraises, des culs, encore des culs.
Il y a de la rondeur partout. Comme si Rubens avait écouté Beyonce.
Ici, on est à Sète. Sous la lumière de l’été. La jeunesse doit occuper ses journées et « profiter ».
C’est long et pourtant on a l’impression que cela dure un instant.
Amin observe, reste en retrait, n’ose pas, Tony et Aldo sont des « uber-mâles ». On est presque dans quelque chose de la misère du désir d’Alain Soral.
Kechiche est un maître pour montrer ce milieu métissé, cette communauté tunisienne et le lien entre les hommes et les femmes.
Les dialogues sont justes, vides, on dit « je rigole », on cite bêtement « Sage est celui qui a su garder une âme d’enfant ». Cela sonne vrai. Et c’est souvent le principal atout que peut avoir un film.
Les décors sont les mêmes sans fin : on passe de la plage au restaurant, à une boite.
Les images sont pauvres, comme cette naissance d’agneau.
On parle de l’importance d’un port d’attache « elle est de quelle origine ? », toujours justifier son identité.

Kechiche est un révélateur de talents, il fait du cinéma avec de la matière brute : du charisme et la présence des débutants, Ophélie Bau passe de l’équipière Mac Do au premier rôle.
Comme Adèle Exarchopoulos dans La vie d’Adèle et Sara Forestier dans l’Esquive avant elle.
Les acteurs sont souvent là pour la première fois, ce qui leur confère le charme de l’innocence ; Kechiche semble être un nostalgique de nos années collège.
Faire de l’ordinaire un magnificat.
Savoir qui on est et faire ce qu’on aime. Une ode au sexe, à l’amour.
Kechiche est celui qui fait du cinéma avec sa bite. Et c’est beau à voir.
Les citations du Coran et de Saint Jean illustre ce Canto Uno pour montrer que la frivolité a quelque chose de divin.
Comme si Maurice Pialat avait été musulman.

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