La prima donna du penthouse : essai sur l’homme-bobine

« Toujours plus haut je grimpe, plus dur je vais tomber. »

Jean-Claude Van Damme était au bon endroit au bon moment : Bloodsport, Kickboxer, Full Contact ; il a triomphé par le muscle, à une époque où l’Amérique vendait de la viande au quintal. Les gens de mon âge se souviennent de son grand écart facial. Ses pieds claquaient dans l’air comme un fouet, les enfants s’inscrivaient au karaté. Au sommet de la vague, il y eut Planet Hollywood, manifestation gastronomique de l’impérialisme culturel, puis, en quelques années seulement, le soufflé retomba, percé comme une vilaine cloque. Stallone ne se défendit même pas : après Judge Dredd et Daylight, il brilla sans abdos dans Cop Land, et se rangea sur le bas-côté. Schwarzenegger préparait déjà sa carrière politique ; Bruce Willis devenait papa dans l’Armageddon de Michael Bay ; enfin, Steven Seagal, éternel second couteau sans second degré, prenait la sortie indiquée « DTV »1. C’en était fini de l’action hero. Un matin de septembre, deux avions frappèrent deux tours ; les fables du Nouveau Monde étaient en feu.

La gloire de Van Damme étouffait déjà dans la cocaïne. En 1998, il pronostiquait sa mort à cinquante ans, d’une crise cardiaque foudroyante2. Il en a désormais cinquante-quatre. Les plus jeunes le connaissent comme animal de bêtisiers.

Planet Hollywood

L’enfant de Berchem-Sainte-Agathe a touché le ciel avant de se fracasser sur le béton tiède de la ringardise. Pour écrire sa vie dans le détail, il faudrait mille pages au moins. Disons simplement que la Belgique est un petit pays. En train, on en fait vite le tour, comme des autres minuscules États qui bordent l’Est de la France. Les maisons y sont maigres, couleur brique ; les panonceaux Jupiler s’accrochent aux murs plus sûrement que le lierre. C’est un diamant sombre, de la qualité de ceux que l’on taille à Anvers. Impossible, pourtant, de ne pas pardonner l’adolescent qui vit Peter O’Toole chevaucher dans un désert immense. Dehors, le ciel était bas ; dans la toile une fenêtre s’ouvrait sur le sable clair. Le jeune homme voulut partir. Il fit pousser ses muscles sur ce petit carré d’Europe, travailla son coup de pied à s’en détruire les hanches. Quand il eut suffisamment gonflé, il franchit l’Atlantique avec trois mille dollars en poche, poussa la porte du Gold’s Gym de Venice : des centaines de gens couraient, ramaient, soulevaient de la fonte devant les miroirs embués. Il y avait là quelques célébrités – Lou Ferrigno, Franco Columbu, Schwarzy. La légende raconte que le Belge fut livreur de pizzas, chauffeur de limousines, professeur de karaté, qu’il vola dans les épiceries pour manger. Un jour enfin, Menahem Golan, pape du film d’action et patron de la Cannon, le sacra prince des temps modernes. Bientôt, son titre de noblesse couronna les preuves photographiques de son succès : « The Muscles from Brussels ». Les haruspices du rêve américain n’avaient pas menti : il suffit de vouloir pour pouvoir. Van Damme roulait sur les routes de Californie, les montagnes au loin, l’océan tout près, et, comme la promesse d’un bonheur infini, le ciel bleu sans nuages. Les bastons faisaient salle comble, le monde entier demandait des forêts exotiques, des grands tournois, des vieux maîtres impassibles. L’argent, évidemment, coulait à millions, changeait le soleil angeleno en une réplique de celui de Lawrence of Arabia. Le plus dur, dit-on, n’est pas d’atteindre le sommet : c’est d’y rester.

À Hollywood, il faut payer pour briller. Le cinéma est un démon qui ronge les âmes en échange d’un peu de sa lumière. Un jour, la légende devient bourbier, c’est inévitable. D’abord, il est difficile d’être deux ou trois personnages chaque année – parfois plus, pour certains comédiens –, une célébrité (c’est un rôle aussi), et pour finir, quand les caméras et les micros sont coupés, une femme, un homme, le tubercule de la plante. Certains s’y perdent, ont le cerveau qui fait des nœuds. Quand Van Damme courait les plateaux de télévision pour frapper Castaldi, faire bander Ardisson, ou braire Arthur, c’est une pelote qu’on voyait. Il débarquait en chemise, pantalon militaire, casquette, des auréoles de trente centimètres sous les bras : « Et c’est pour ça que je sais parler maintenant, je suis en forme, j’ai peur de personne, je suis fort dans les yeux, j’ai pas de coke ! tu vois. Bon, je parle un peu vite. C’est pas un problème, non ? Je suis rapide. Je suis un mec qui est rapide, je suis speed, pourquoi ? Je mange que des légumes. »3 Pour tous les cons de France, il était le plus-con-que-nous, celui qui rassure, qui fédère. Et puis, il ne suffit pas d’être parvenu, il faut durer. Van Damme a voulu plus que la montagne, il a sorti son échelle au sommet, s’est cassé la gueule. Le septum rongé par la cocaïne, il avouait son impuissance à des présentateurs hilares, bien heureux de trouver de quoi nourrir les zappings. Son heure avait de toute façon sonné. La drogue n’a fait que précipiter sa chute. L’industrie se perpétue dans l’obsolescence et l’innovation. S’il fallait graver une devise au fronton des usines, ce serait : « Détruire et remplacer ». Un bon produit est un produit qui cède sa place à une nouveauté, et le public est rompu à ce rythme infernal. Ainsi, tout passe, et le karaté n’eut qu’un temps. Van Damme coulait, incrédule, incapable de restaurer son logiciel périmé. L’Amérique ne pouvait tout de même pas l’abandonner sur le plateau de Loft Story ! Il courait sans boussole, droit dans le pentu, gros poulet décapité au corps brisé par le déni. Le téléphone ne sonnait plus, ou seulement pour quelque exécution publique ; la Star Academy, In Hell, L’Empreinte de la mort, Ultime menace, autant de boulets à traîner comme on fait son chemin de croix. Pour un acteur, l’enfer commence le jour où il ne peut plus dire « non », lorsque des millions de paires d’yeux se détournent, s’entichent d’autres têtes, de muscles plus jeunes. Alors, il se débat, brasse du vent, cachetonne dans des films indignes, tournés en Europe de l’Est avec des techniciens plus mal traités que les plus mal traités des intermittents français. Pendant des années, la vieille idole a reposé par vingt mètres de fond, doucement grignotée par cette végétation aquatique qui recouvre les épaves. Puis, en 2007, le téléphone a sonné à nouveau : ce n’était pas l’Amérique, c’était Mabrouk El Mechri.

Un réalisateur français a réinventé Van Damme. Il faut beaucoup d’amour pour faire briller une movie star éteinte. En faisant de la vedette (Van Damme) un personnage (JCVD), El Mechri a posé sa caméra au plus près de l’homme (Van Varenberg4). L’opération n’était pas sans risque ; elle évoque d’ailleurs une scène de Jurassic Park : les professeurs Grant et Sattler assistent à la naissance d’un vélociraptor. Le bébé sort de l’œuf en fracturant l’enveloppe avec sa tête, il pousse de toutes ses forces un fragment de coquille, encouragé par les paléontologues. Alan Grant l’aide à se dégager, le prend dans ses mains. Lorsqu’il entend qu’il s’agit d’un raptor, les quelques grammes de vie qu’il tient deviennent une menace. En décortiquant un acteur sur le retour, on s’expose aussi à de mauvaises surprises. L’idée est séduisante, et son application périlleuse.

Dans JCVD, Jean-Claude Van Damme joue un Van Damme aux abois qui essaie de retrouver un peu de l’énergie primaire de Van Varenberg. Sa vie familiale est un désastre, et sa carrière un champ de ruines (Seagal vient de lui piquer un rôle). Il arrive en Belgique lessivé, presque insomniaque ; à l’arrière du taxi qui le conduit chez ses vieux parents, il ferme les yeux sur cette espèce de cauchemar qui n’en finit pas. Mais son pays est cruel, les tourments de la star ne l’intéressent pas. Partout, les gens le ramènent à sa célébrité, exigent une photo, l’obligent à être Van Damme à tout prix, jusqu’à risquer sa vie dans le casse d’une banque. À bout de force, le héros finit par quitter le tournage – littéralement. Il s’élève au-dessus du plateau, parmi les poutres et les projecteurs, entame un long monologue improvisé, sans que l’on sache très bien qui du personnage, de l’acteur, ou de l’homme, ouvre ainsi son cœur. Cette séquence est le nœud du film en même temps qu’une parenthèse. Elle lui échappe et le justifie. Mieux encore, elle éclaire le futur de Van Damme. Sur cette plate-forme d’où il surplombe les reliefs de son passé, il peut s’affranchir des représentations, retracer ses propres contours, et intégrer ce qui de son histoire lui avait échappé. En lui offrant sept minutes en dehors du monde, Mabrouk El Mechri a créé les conditions optimales d’émergence d’un nouveau paradigme. On n’est pas loin du métacinéma. Le procédé a ceci de salvateur qu’il soulage le sujet en assumant tout le poids de sa complexité. Il autorise une sorte de transfert, où Jean-Claude Van Damme se dissocie de l’image qu’il renvoie. À ce titre, il n’est pas surprenant de l’entendre parler de « thérapie ». Son interview à la Télévision suisse romande a des allures de gros soupir : « L’image est plus grande que la personne, tu sais. Je suis un mec normal, et puis bon, tu vois, la publicité, le [inaudible], et tout ça, alors les gens croient que tu as… quelque chose qui a… En vérité, c’est une illusion audiovisuelle. Et médiatique. »5

JCVDfilm

Le tournage, la sortie, puis la promotion de JCVD, ont formé une période charnière, temps de la réinvention plus que du blanchiment. Ils ont permis la mise en pratique d’un concept qui fit beaucoup se gausser au début des années 2000 : l’être-aware. Depuis cette rupture dans sa filmographie, l’acteur a conscience de son image, et, plus que ça, conscience d’en avoir conscience. Il est capable de modeler sa lucidité comme un matériau, d’en faire de l’art, ou de la donner en spectacle. En 2011, Van Damme a été la vedette d’un reality show diffusé sur la chaîne britannique ITV4 : Behind Closed Doors. À l’époque, il venait d’annoncer son intention de combattre le thaïlandais Somrak Khamsing à Las Vegas. L’émission devait faire figure de panneau publicitaire pour attirer l’attention sur ce qu’il présentait comme un événement planétaire. Bien sûr, la rencontre n’eut pas lieu. Van Damme interrompit sa préparation pour tourner The Expendables 2, la machine à cash de Stallone. On parla même d’un malaise cardiaque. Dans tous les cas, il en profita pour se désister discrètement. Il ne fait aucun doute qu’il aurait été ravagé par le champion olympique de boxe anglaise (et, accessoirement, légende du muay thaï), de douze ans son cadet.

L’émission est découpée en huit épisodes d’une quarantaine de minutes. La plupart des séquences relèvent du divertissement le plus crétin : Van Damme fait du ski nautique à Dubaï, pète dans un taxi, s’entraîne avec son fils ; il visite les coulisses du Moulin Rouge, fanfaronne dans les studios de Fun Radio, et se trémousse sur les dancefloors, de Paris à Kiev. D’autres, en revanche, sont de curieux éclats de comédie – de comédie dramatique. Le show prend toute sa force lorsqu’il abolit un peu plus la frontière entre scénario et réalité. À plusieurs reprises, Van Damme intègre et reformule des éléments de JCVD, transformant son effort d’introspection en un soap dégoulinant. Prenons trois scènes tout à fait significatives : dans la première, l’acteur nous promène en voiture dans la banlieue de Bruxelles. C’est la nuit. Il se gare devant une petite église, et raconte ce qu’il appelle « une épiphanie » : à onze ans, un soir d’hiver, il a quitté la maison, marché sous la neige jusqu’à cet endroit ; il est entré dans l’église du quartier, où il est tombé à genoux. Là, il a prié pour le salut du monde, pour la sauvegarde de la nature, et demandé à Dieu de faire de lui une movie star. À ce moment, Van Damme éclate en sanglots : oui, Dieu lui a donné une belle vie, mais il n’a pas sauvé le monde. Les violons se déchaînent. Dans un deuxième extrait, il est dans sa cuisine à Hong Kong, avec sa femme Gladys. Il commence par dire qu’il veut faire taire les critiques. Il va monter sur le ring, prouver au monde entier qu’il est encore un champion. Sa déclaration prend la forme d’un crescendo ponctué de cris et de larmes. Il finit par gueuler que Van Damme n’est pas fini, puis se réfugie dans une pièce voisine. Quelques minutes plus tard, il revient et s’excuse. Enfin – et ce troisième temps fort est soutenu par un piano discret –, il rend visite à ses chiens en Belgique. D’abord, il dit tout l’amour qu’il leur porte ; il se couche à même le sol, entouré de ses compagnons (visiblement troublés par la présence de l’équipe de tournage). Alors, il commence à pleurer, murmure qu’il est fatigué de la vie qu’il mène : « I want doing this fight, and then I’ll stay with my dogs… They talk to me… I’m so lucky… I’m tired, guys… I’m tired… »6 Les chiens se pressent contre son corps, lèvent des yeux craintifs vers la caméra ; un corniaud prend un vieux plaid dans sa gueule et lui couvre la tête – on dirait le voile de la Vierge ! Devant ces images, on se demande si Van Damme n’a pas définitivement pété un boulon. En fait, ces éclats où il se met en scène en reformulant sa biographie sont la conséquence directe de JCVD. D’une certaine manière, ils prolongent le film, en tirent la sève jusqu’à l’écœurement. Le résultat est aussi débile que beau, mais peu importe ! Au fond, les jugements de valeur sont hors de propos. La vie du Belge est une grande fiction vraie, où seul compte l’exceptionnel, sans distinction de qualité : triomphes, humiliations, et rédemptions, sont ses trois piliers, plus que la trinité bidon « famille, cinéma, entraînement ». On le sent emporté par une frénésie vitaliste, tentative foutraque d’échapper à l’obsolescence et à la dépression qui rôdent. Toute la gamme des sentiments terrestres tourbillonne comme un typhon, tandis que, dans l’œil, un homme terrorisé pousse un cri déchirant – la note pure de la nostalgie d’une simplicité perdue. Quand la tempête se tait pour quelques heures, on peut entendre l’enfant de Bruxelles qui s’interroge en caressant ses cicatrices : « T’imagines ? Tu serais pas blessé, tu connais pas ce que c’est la guérison. »7

Trente ans après ses débuts au cinéma, Van Damme est toujours là, avec ses gros biceps et sa grammaire américaine. Les espoirs et les douleurs ont fait de lui une étrange entité stratifiée dont les couches s’offrent à la vue de tous, comme ces fourmilières vitrées. Pour comprendre ce qui se joue derrière le canevas des citations loufoques et des vidéos qui tournent en boucle sur internet8, il convient de prendre un minimum de recul. La cohérence de ses choix n’apparaît jamais dans l’instant, elle se définit a posteriori, dans un effort douloureux de mise à distance. Invariablement, et depuis des années, la question tombe après la réponse : « Ah ! oui, je fais ça… Maintenant je comprends pourquoi je fais ça… Ça, c’est la cure de ce que j’ai vu là. C’est mathématique. Ça fait beaucoup de sens pour les gens qui comprennent… »9 Van Damme fait confiance à son instinct. C’est une notion fondamentale pour qui souhaite étudier son parcours. À vingt ans à peine, il a fait taire les bruits du monde pour mieux écouter ses intuitions. Il faut imaginer un enfant de fleuriste partant à la conquête du show-biz international : sans réseau, ni codes appropriés, son habitus est un boulet qu’il traîne à travers son fantasme. Une place est donnée à chacun, selon que l’on naît riche ou pauvre, homme ou femme, Blanc ou Noir ; les injonctions sont quotidiennes qui nous maintiennent dans une case étroite. Il n’y a pas cent dix façons de déjouer les déterminismes : soit on en prend conscience et on les dénonce, soit on se bouche les oreilles et on n’en fait qu’à sa tête. Dans les deux cas, c’est un peu la roulette russe, et l’on s’expose à de cruelles désillusions. Ces voies sont risquées, assurément douloureuses, pourtant la « normalité » est pire encore. Si tout est joué d’avance, autant se foutre en l’air. De ces tensions sont nées les digressions de Van Damme sur la force du rêve ; de la même source a jailli le mot aware. Sa démarche est à la fois conformiste – il s’est plié au diktat libéral de la réussite individuelle –, et révolutionnaire. Dans un paysage politique affadi par le souci de plaire aux boutiquiers, où les jeunes doivent « avoir envie de devenir milliardaires », sa pensée est presque une exhortation au chambardement : « Tous les gens te diront dans la vie : c’est impossible… T’es trop loin… C’est pas faisable… C’est trop dur… Ça, c’est les bruits du monde. Mais les gens n’écoutent jamais le silence, qui est un son de l’âme… C’est-à-dire : se remettre sur soi-même, à l’intérieur de soi-même, et de réaliser… de demander à soi-même ce qu’on veut faire dans la vie… Que ce soit un jardinier… Un pilote d’avion… Tu sais, n’importe quoi, mais d’être heureux. »10

Van Damme Blue Sky

La reconnaissance du public a peut-être dépassé ses espérances. En 2013, une statue de Jean-Claude Van Damme a été inaugurée à Anderlecht11. Sans doute fallait-il qu’il traverse le désert, qu’il y traîne sa croix sous les quolibets, pour être jugé digne d’un monument, si modeste soit-il. On l’aime désormais pour ce qu’il est : un naïf, une vedette attirée par l’authenticité, un millionnaire déchiré par la culpabilité, couturé de cicatrices intimes, tourmenté par le doute. Peut-on imaginer un monument dédié à Jean Reno au milieu d’un square de Boulogne-Billancourt ? Van Damme n’a pas d’équivalent dans le monde du cinéma contemporain – et certainement pas en France, où les acteurs composent une sorte d’aristocratie glacée. Récemment, un agent artistique me racontait qu’un soir, tandis qu’il travaillait à perdre sa brioche sur un tapis roulant, Van Damme a débarqué dans son club de gym. Les regards se sont braqués sur ce type qui – m’a dit l’agent – dégageait une aura puissante, perceptible même par un professionnel rompu à la fréquentation des divas du cinéma. Je me souviens qu’il l’a comparé à Kurt Russell, « petit bout de mec perché sur dix centimètres de talonnettes ». Les chaussures du Belge, on s’en doute, sont plates, parfaitement plates ; sa tête est en orbite, mais ses pieds touchent terre. Il en devient même illisible à force de transparence. Sa complexité irradie sans filtre, impose dans l’espace médiatique des contradictions douloureuses, constitutives, les paradoxes fondamentaux qui font de nous ce que nous sommes : des gamins adultes, de généreux égoïstes, d’humbles mégalos.

De fait, on ne peut pas trouver la vérité de Van Damme. Il ne cache rien, tout est sous nos yeux, tout le temps. Il n’est pas réductible à une filmographie, non plus qu’à ses frasques ou confessions. Toute tentative d’écriture à son sujet est vouée – si ce n’est à l’échec – à la frustration. Le seul moyen d’en saisir les beautés et les contradictions est de rester dans l’art, de respecter le brouillage permanent et irréversible entre réalité et fiction. Le mieux, en somme, est de réaliser JCVD, comme l’a fait Mabrouk El Mechri. C’est encore ce qui se rapproche le plus de l’œuvre indépassable de Van Damme, c’est-à-dire de sa vie. Il voulait faire du cinéma, mais il a fait beaucoup mieux : il est devenu du cinéma. Et peut-être – mais c’est un autre sujet – une certaine incarnation de la littérature.

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1. DTV : direct-to-video. Se dit d’une oeuvre qui ne sort pas en salle. Symbole du cinéma bas de gamme.

2. Peter WILKINSON, « Van Dammaged : The Trials of Jean-Claude Van Damme », Us, octobre 1998.

3. Extrait de l’émission Tout le monde en parle, 16 juin 2001.

4. Le vrai nom de Van Damme (Jean-Claude Camille François Van Varenberg).

5. Extrait de l’émission Mise au Point, 8 août 2010.

6. « Je veux faire ce combat, et après je resterai avec mes chiens… Ils me parlent… J’ai tellement de chance… Je suis fatigué, les gars… Je suis fatigué… »

7. Extrait du documentaire Une Journée avec Jean-Claude Van Damme, 2008.

8. Sur Youtube.com, un simple fragment de trois minutes, intitulé « Jean-Claude Van Damme Neutral », affiche 1 887 583 vues. (Constaté le 14/09/2015.)

9. Extrait du film JCVD, 2007.

10. Extrait du documentaire Dans la peau de Jean-Claude Van Damme, 2003.

11. S’y recueillir : boulevard Sylvain-Dupuis. 1070 – Anderlecht.

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