Lady Bird, À l’ombre des jeunes filles aux ongles écaillés

Je suis allée voir Lady Bird à sa sortie, il y a déjà un moment. J’avais conseillé à C. de le voir avec sa mère. Il avait l’air enthousiaste, puis à prétexter ne pas avoir le temps.
J’aime les teen-movies, la banalité, les doigts tachés à la sauce d’un burger, la tristesse des villes de province, ça ressemble à un roman d’apprentissage d’aujourd’hui.

« Est ce que j’ai l’air de Sacramento ? », s’interroge Lady Bird.
Dès le premier plan, on lutte vainement contre son milieu, contre soi, cette identité mouvante qui se confronte à tout. Comment sortir des clous quand tout est codifié ?
On se demande si on porte les bonnes chaussures dans la salle.
Toutes nos interrogations enfantines défilent, la difficulté d’être et surtout celle de paraître.
Tout à l’air plus facile du côté des autres. Les maisons sont plus riches, les copains plus beaux, la vie plus facile.

Alors on essaye d’oublier en dormant contre sa mère avec un vernis violet.

C’est l’histoire d’une ado sensible et émouvante aux cheveux roses mal colorés et aux ongles de plus en plus écaillés, qui se fait appeler Lady Bird.
Tous ces changements – quand on dessine une fleur au Tipex sur sa trousse – sont encore plus ridicules que la réalité.
Ce qui est beau dans ce film, c’est qu’elle finira par s’en rendre compte.

Il y a ici tout ce qu’on aime dans les teen movies : le bal du lycée et le choix de la robe et du cavalier, la copine moche avec qui on rit plus, la belle pute qui mourra d’une mononucléose ou aura des enfants à 20 ans, le ringard, le bassiste ténébreux…
Tout ce qui ressemble à peu de chose près à notre jeunesse et ses deux camps : avez-vous été chez les cools ou chez les exclus ?

Des premiers mecs aux parents qu’on affronte, ce choc de sensations à maîtriser.
C’est souvent neuneu, comme quand on cherche à se faire pardonner, mais il y a ces quelques fulgurances et l’importance du symbole, cher aux américains.
En effet, cela se passe dans un établissement religieux, avec une bonne sœur rock et drôle – le respect des 15 cm quand on danse, ce qui donne du poids à la virginité (très belle scène de première fois).

On fait semblant de mourir, car à cet âge on se croit immortel ; seule compte l’image qu’on peut rendre et à la fin les vraies choses : se trouver des alliés.
Ici, on mange les hosties consacrées, on pleure en écoutant Steinbeck, on regarde les étoiles et les couchers de soleil, Cry Me a River passe à la boom, ma mère vient me chercher.

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