Partisan, Du cool et du vide

La tentation du « faire cool » est l’un des pires travers dans lesquels un réalisateur, jeune ou vieux, peut tomber. Tout simplement car il condamne les films à ne pas survivre à leur époque – ce qui peut être une tentation en cas d’ère particulièrement faste, mais on en est loin. Ce syndrome semble frapper particulièrement les premiers films soucieux de devenir cultes avant même d’être écrits. Vincent Cassel étant l’un des comédiens privilégiés de ces réalisateurs avides d’images-choc, de répliques sentencieuses et de « tubes » aux sonorités opportunément vintages, le retrouver en tête d’affiche de Partisan d’Ariel Kleiman n’est pas particulièrement étonnant.

Ariel Kleiman est peut-être pourtant passé à côté d’un grand film, sans même le savoir, sans doute. Car en filmant cette apocalyptique banlieue de Géorgie aux étranges relants soviétiques et en créant de toutes pièces le gynécée dans lequel il fait évoluer le gracile Alexander, le réalisateur a bien failli surpasser ses intentions : passer de la sempiternelle variation oedipienne parricide à une vraie fable sur la naissance au monde d’un jeune garçon. Mais le film ne résiste pas à l’image matricielle dont Ariel Kleiman a fréquemment parlé comme de sa source d’inspiration première pour Partisan : un jeune garçon colombien qu’il a vu un jour sur une photographie, arme à la main, s’apprêtant à tirer sur un homme. Ce motif sera décliné trois fois dans le film.

La récurrence de cette image au potentiel « choc » avéré, loin de se poser en réminiscence d’un trauma qui serait le drame intime de cet enfant, n’est au contraire que la répétition d’un motif séduisant, soulignant son aspect aberrant, « choc » donc, comme gage de son indéniable « coolitude ». L’enfant assassin, débarrassé du gênant contexte de la guerilla colombienne, devient finalement une icône pop vidée de sa charge sociale et subversive. Un simple instrument esthétique, voire publicitaire. Le « cool » est toujours affaire de marketing et ne résiste finalement pas au temps qui passe. Et alors que les impressionnantes tours australiennes auraient pu, au même titre que ce bel enfant à qui l’on met du coton dans les oreilles pour préserver son ouïe du son des coups de feu,  relever de l’apparition cinématographique dans toute sa puissance fantomatique, Ariel Kleiman en fait simplement un décor studieux dont il n’explore que la photogénie.

Partisan

Mais la raison principale pour laquelle Ariel Kleiman est passé loin du film qu’il aurait pu faire se situe probablement dans le malentendu provoqué par le titre : de « partisan » il n’est point question au final puisque l’idéologie qui a vraisemblablement mené le personnage de Grégori (Vincent Cassel) à lever une petite armée d’enfants coupés du monde n’est jamais ne serait-ce qu’effleurée dans le film. On prétextera bien sûr ici une volonté d’intemporalité et d’universalité qu’une surcharge de sens politique aurait affaiblie mais on se mentira probablement : ne serait-ce pas plutôt la trouille que son film se mette à raconter quelque chose qui a poussé Ariel Kleiman à se faire le partisan du vide ?

Finalement, la méthode de Partisan est bête et méchante c’est une recette universalisante : elle consiste à prendre un enfant colombien enrôlé dans une guerre à laquelle les occidentaux ne comprennent rien. A le débarrasser de tous ces vilains artifices qui surchargent l’image de sens : sa nationalité, son physique typé, le contexte social colombien. A le Faire le jouer par un enfant magnifique aux yeux verts lequel est plongé dans une banlieue méconnaissable. Kleiman le fait tirer au pistolet. Trois fois – et même plus car les séances d’entraînement sont autant de scènes où il se régale de cette vision ogresse. Voilà, c’est choquant, ça marque les esprits (c’est ce qu’on croit), les beaux yeux revolver de ce gamin… c’est cool, non ? On pourrait en faire un t-shirt. 

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