P'tit Quinquin (épisodes 3 et 4) : La terre de la connerie

P’tit Quinquin a été vendu à la critique comme une comédie. C’est sur ce mensonge que s’est élaboré la dignité de la carrière de charlatan de Dumont. D’abord P’tit Quinquin n’est pas drôle. Malgré son très sérieux désir de faire rire par le décalage comique (des corps, des textes, et de la narration) Dumont n’est franchement pas drôle, il est moqueur, cynique et explicitement de mauvaise foi. P’tit Quinquin est à l’opposé de Mange tes morts de Jean-Charles Hue, c’est une mauvaise blague dont la chute la plus inattendue reste ce suspens du rire. Comment rire sans se moquer ? Voilà une question sur laquelle Dumont invite la critique à poser les théories du mois. Les copies ont déjà été ramassées (les Cahiers avaient fini avant toute la classe). Voilà donc, ce qu’en substance, nous pouvons répondre à son injonction « Vous pouvez en rire » dont traite Candice Bruneau dans son article. La démarche est trop calculée, trop précise, le burlesque issu de sa pseudo-démarche documentaire/fiction est si organisée que rien ne respire. Comment rire d’un schéma ? Comment le tourner pour qu’il nous rappelle autre chose qu’une architecture, qu’un plan de travail ? C’est un rire un peu convenu qui est visé ici : « Je ris pour me convaincre que je ne me moque pas, que le personnage rirait lui-même de ses propres tares », cette condescendance malausienne, cette triste liberté de réaction est en fait dictée par une hypocrisie sans nom dont der Weyden témoigne lorsqu’il déclare, après avoir méprisé un touriste handicapé : « On est tous des hypocrites ». Oui, surtout Dumont, et avec lui la critique qui fait du cynisme de cette démarche un garant de respect envers les personnages et le propos. Parlons-en du propos. De quoi parle P’tit Quinquin ? De Dumont. C’est un méta-film, une parodie de sa propre médiocrité.

quinquinLa trame criminelle n’est ici qu’un prétexte à voir un jardinier jouer les flics et des paysans mimer les témoins abrutis d’une démarche « artistique » au pays des oubliés. Dumond filme Dumont. S’il est finalement si peu comique, c’est d’abord parce que jamais  sa caméra ne prend de recul, (ou très vite fait, dans le restaurant à la fin de l’épisode 3 à propos du beau temps) et n’enregistre les corps en confrontation, les mots en conflit. Dumont cadre ses acteurs face caméra, l’interlocuteur c’est lui. Sans déplacer le problème de l’esthétique sur les conditions de tournage, le réalisateur procède de la même manière lorsqu’il souffle les répliques dans l’oreillette de son acteur ; il  monologue. L’intérêt principal de P’tit Quinquin, c’est finalement la corporalité de cette démarche filmique. Ce n’est pas les mouvement des boiteux, les glissades des personnages qu’il nous faut prendre en compte ici mais les écarts et faux-pas que mesure le dispositif, le fameux schéma du film. P’tit quinquin réussit un pari rare : il constitue le meilleur documentaire jamais réalisé sur sa propre démarche cynique. Il renseigne précisément sur l’intention de son auteur : cadrer de biais des gueules en biais pour que l’adéquation corps à l’écran et corps du film garantisse sa démarche d’une certaine valeur artistiquo-éthique alors que tout tend vers le contraire.

« Pays de Cocagne » de Pierre Etaix/ »Twin Peaks » de David Lynch

Ce  que met en exergue la mini-série de Dumont c’est le piège du réel de surface, le traquenard pour intello de gauche un peu fatigué de penser. Certes, il prend le temps de cadrer et de décadrer, de s’éloigner de l’enquête pour y revenir, mais pourquoi ? Pour ne dire au final rien de bien neuf sur ses personnages, rien de bien beau sur la fenêtre et le monde. Le seul monde représenté ici, c’est celui de la bien-pensance hypocrite, celui des garants d’un réel nombriliste, lequel ne s’adresse à rien d’autre qu’aux limites de sa propre démarche « artistique ». S’il n’y a pas de dignité, il n’y pas non plus d’humour et c’est sans doute là que Dumont aurait dû faire un choix entre le burlesque de Laurel et Hardy et l’humour grinçant de Pays de Cocagne de Pierre Etaix. Se moquer d’un être humain c’est bien plus digne que de trahir son personnage. C’est aussi beaucoup plus marrant. Mais la démarche de Dumont, à force de ne pas assumer sa méchanceté sombre dans le ridicule et la caricature (l’autoportrait) du p’tit artisan se rêvant démiurge. Rien ne transpire plus dans cette mini-série que l’ombre mal placée de Lynch. Car s’il avait pensé un peu mieux Twin Peaks, Dumont aurait opéré aussi un choix plus rigoureux entre l’étrange et le bizarre, entre la folie légère de ses personnages et les déambulations affolées de l’agent Cooper. C’est encore un des drames de ce P’tit Quinquin, tendre au chef d’œuvre là où il aurait fallu penser en famille, en équipe, en microcosme. En même temps, qui pense dans cette petite ville de débiles ? Dumont lui même, lui seul, sur son trône d’où il règne sur la critique française : le roi des cons.

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  • Là je vous rejoins : le seul discours tenu, c’est celui de la démarche. Que nous révèle cette démarche? Selon moi, le manque de respect de son auteur pour la comédie, comme lorsqu’il garde des prises ratées (« on s’en fout c’est marrant » : NON, ça ne l’est pas!), son manque de respect pour le format « série » aussi, notamment l’importance qu’y revêt l’écriture. Ces deux derniers épisodes sont vraiment laborieux parce que rien de nouveau n’y est montré ou dit, l’effet de surprise passé il ne reste rien.

    Si on veut rire un peu devant une série policière, on optera plutôt pour la magnifique Fargo…

  • Oui l’effet de surprise est d’ailleurs le seul argument critique défendu partout dans le désert d’idées qui enveloppe le film. On s’extasie face à cette posture qui se révèle alors même qu’elle mime la pudeur à grand coup de gros plans et de décadrages hideux. Faut bien reconnaître une chose à Dumont : son film est aussi moche que ceux qu’il film. Pas de dignité dans la fosse commune de cette télé là, pas d’humour. Vous évoquez Fargo, je suis complètement d’accord ! pourquoi Fargo marche et comment fonctionne t-il ? Par l’étrange et via un rythme que les Coen n’imitent pas telle une posture auteuriste (notion noble devenu une insulte à mon sens). Il sont des artistes malgré eux, c’est selon moi la plus belle preuve de talent, Dumont fait figure le P’tit Joueur en patinant entre Lynch et les Coen. Avec Candice Bruneau nous nous sommes étonné de cette absence de recul analytique dans la presse (et surtout aux Cahiers) P’tit Quinquin est dans sa démarche même anti-éthique par excellence. Mais bon aujourd’hui c’est au tour des Inrocks et des Cahiers de traiter l’exigence morale de « pisse froid ».

    • L’exigence morale : c’est exactement là que Dumont réussit.
      Comme toujours, ceux qui voient la morale comme une chose à l’arrêt en ratent l’exigence quand elle passe, vite, vite, ou titubant comme un simplet, sous leur nez ahuri et savant.

  • Je ne sais pas si Dumont ne parle que de lui et je m’en moque, mais ce que déblatère cette critique s’applique à merveille à la critique elle-même : nombriliste, tournant à vide, jalouse (ce p’tit Dumont qui n’a pas l’air intelligent, comment diable arrive-t-il à faire naître des formes ?), bref, la « démarche trop calculée et trop précise » d’un petit arbitre se rêvant grand penseur.

    Il y a longtemps que prendre le contrepied des Cahiers n’est plus à la mode.

    • Merci pour l’argumentaire ! Etre contre Les Cahiers n’est plus à la mode, merde; les losers comme nous risquent de s’emmerder. Sur qui tomber dans ce désert critique si ce n’est sur la seule revue que nous respectons un minimum au point d’en attendre énormément ? Enfin passons sur vos insultes et ma jalousie d’artiste raté au regard de ce sale film, pour revenir à la posture de Dumont, à sa complaisance. Ce qui est visé ici c’est justement l’arnaque créative de Dumont dans laquelle vous êtes tombé, mais rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul- plus on est de cons plus on rit et je crois que la série a rencontré un large public-. Comme vous le dîtes si bien vous-même, « vous vous moquez » d’appliquer une analyse à cette série tout en vous y fantasmant, depuis sa (télé (vision)) tel un Zorro de la critique de la critique (« chacun son avis, les critiques sont des cinéastes ratés ou des penseurs au chômage » ). Pendant ce temps, vous ne dîtes rien qui ne me donne très envie de dialoguer avec vous sur un quelconque sujet qui dépasserait notre désaccord et nous obligerait à penser un minimum, même « prétentieusement », notre objet en conflit. C’est là votre propre limite de petit démocrate (et vous ne semblez même pas en avoir conscience), qui vous autorise cette seule largesse de mépris et dont l’unique responsable reste l’étroitesse argumentaire dont vous faîtes preuve ici.

      • Non, j’imagine qu’intuitivement j’ai donné à mon commentaire la même virulence (et pourquoi pas la même grossièreté, si vous voulez) que j’avais cru trouver dans l’article auquel il répond. Je ne visais pas à une escalade d’insultes, encore moins si elle devait sombrer dans le ridicule des sobriquets, que par ailleurs vous maniez très bien.
        De même que je n’ai pas pas parlé d’une « jalousie d’artiste raté » (si c’est le cas, cela vous regarde, d’autre part je m’efforce de ne pas avoir la religion de l’artiste) mais d’une critique jalouse.
        Ni (et c’est pourquoi il faudrait surveiller vos guillemets) que je « me moquais » d’appliquer une critique au film, mais bien que je me moquais de savoir si Dumont n’y parlait que de lui. Cela contenait donc une position théorique que vous auriez pu noter tout seul. Autrement dit, je ne considère pas le nombrilisme comme un critère suffisant pour condamner un film, je crois que ça peut être quelque chose d’agaçant, mais que plus une oeuvre est bonne et moins c’est le cas. Faire une critique de Nabokov, de Malaparte, de Dostoïevski, de Sokourov, de Fellini, de Pasolini, en s’en tenant à leur nombrilisme est très facile, mais vous reconnaîtrez sûrement que ça ne conduit pas très loin.
        D’une façon générale, vous aurez compris (même si vous faites semblant que non) que je visais principalement votre rhétorique. Le leitmotiv d’une formule comme « ce désert critique » est typique d’un certain de type de posture réactionnaire (un meilleur terme fait défaut, c’est vrai) dont on trouve l’exemple chez des chantres de l’anti-art-contemporain. J’ai pensé par exemple à Jean-Philippe Domecq, dont vous semblez partager l’intelligence et la pertinence analytique jusque dans cette façon de les renier, en ressassant toujours les mêmes a priori peu motivés que vous devriez, vous qui êtes avide de débat constructif et argumenté, fuir en priorité. « L’arnaque créative » est tout-à-fait du même ordre : avec ces vices rhétoriques on construit des pages et des pages de critique certainement honnête et intelligente, mais qui en fin de compte se prennent à leur propre piège. Qu’est-ce qu’une arnaque créative ? C’est une formule qui fait semblant de viser la forme elle-même, et qui en réalité ne vise que sa réception, sur laquelle elle détourne l’attention. Mais cette formule a le mérite de pointer sa propre faille : en la scrutant mieux, on découvre ce qu’elle dit sans le savoir : qu’il y a bien quelque chose de « créatif », et que cette chose créative, vous l’appelez « arnaque » à juste titre puisque son mode de création contourne vos règles, les ignore. Vous êtes arnaqué. Vous tombez dans le piège en criant à l’arnaque. Vous donnez tribune au film malgré vous (si vraiment ce film n’était rien, pourquoi en parler ?).
        Dans le prolongement de cette idée, je déplore enfin que vous ayez ignorer ma réaction concernant l’exigence morale. Comme je l’ai pointé, donc, sans que vous en teniez compte, j’ai trouvé qu’il y avait là un point central du désaccord « théorique ». Vous parlez d’un film anti-éthique et adoubé par ceux qui renient l’exigence morale.
        Moi je vous répondais ceci : « L’exigence morale : c’est exactement là que Dumont réussit.
        Comme toujours, ceux qui voient la morale comme une chose à l’arrêt en ratent l’exigence quand elle passe, vite, vite, ou titubant comme un simplet, sous leur nez ahuri et savant. »
        Car je crois certainement que tout n’est pas réussi dans le film de Dumont, et vous ne pourrez pas m’accuser d’avoir crié au chef-d’oeuvre ; mais ce qui m’a paru le coeur de sa réussite, c’était bien une mise en branle du processus moral comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Nous (notre « génération » pour prendre vos termes) sommes tous hanté par la peur de l’immobilisme, et voilà qu’une oeuvre en mouvement passe et que vous la ratez ! Qu’est-ce qui ne va pas ? Dumont vous fait peur ? C’est vrai que c’est inquiétant, la morale, c’est inquiétant parce que ça bouge toujours alors qu’on croit toujours que ça devrait rester en place. Et ne simplifions pas cette idée : dire que la morale bouge est une remarque d’ordre formel, qui ne signifie pas : « les temps changent, il faut vivre avec son temps ». Mais que fait Dumont avec ses personnages d’enfants, de flics, de débiles, de paysans, de Ch’tis, de Noirs, de Musulmans, et que fait-il avec ces corps d’humains et d’animaux démantelés ? Il met en forme des logiques de territoires, de rapports entre les corps, de devenirs humains (puisque tout ceci nous renvoie, entre autres, à Deleuze), et il le fait formellement sur le seul mode (‘le seul’ = façon de parler) qui permette que là-dedans les idées soient bousculées, que les lignes de fuite apparaissent. On est en face précisément de cette intelligence (celle qui est attendue du spectateur) qui « ne connaît pas ces situations fermées de la vie sans issue » (celle qui est prêtée aux personnages) – pour terminer en fanfare avec du Proust remis récemment sur le devant de la scène par notre cher oncle Sam local, G. Didi-Hubermann.

        • J’adore, vous commencez par vous défendre de n’avoir jamais eu le désir de provoquer une escalade d’insultes et vous y revenez aussitôt ; « l’air de rien, j’ai glissé, je pense tellement fort que tout le monde m’entend ! ». Je reviens vers vous mais vous avoue, comme précédemment, mon manque d’inspiration face à votre posture. Sans doute ma faiblesse. Cela dit, je me réjouis de voir que mon travail suscite ici tant de réactions, c’est très flatteur. Il faut que je vous accorde que lorsque je suis en colère contre un film je n’y vais pas doucement, c’est un de mes travers, vous avez raison de le pointer, je comprends que vous ayez été vexé si vous avez trouvé tant de « formes » dans ce P’tit Quinquin. Il me semble que mon papier est plus au centre de votre propos que le film de Dumont, là encore, merci. Rassurez-vous, j’avais compris que votre réaction concernait ma rhétorique, mais par fausse modestie, je l’ai détournée, et il faut bien dire que vous n’avez pas beaucoup mis d’huile de coude dans l’argumentaire. Mais c’est un drôle d’exercice que vous proposez là. Contourner le film pour critiquer ma critique là ou j’ai tenté de le faire (avec celle des Cahiers) après avoir appliquer mon analyse au film (même si vous tentez de l’ignorer). Mais lançons-nous dans ce dialogue de sourds ! Je vous reprends, vous ne vous moquez pas d’appliquer une analyse au film mais de savoir si Dumont « n’y parle que de lui » -j’espère ne pas me tromper car j’ai cru comprendre que vous me lisez avec attention-. À ce propos, je ne suis pas d’accord avec vous : appliquer une analyse du nombrilisme des grand cinéastes à leur films est passionnant ! Comment se serait établie la politique des auteurs si des illuminés ne s’étaient pas dit : « tiens allons chercher les traumatismes de l’enfance d’Hitchcock pour comprendre ses films ». C’est loin d’être stérile. Cela ne suffit pas mais c’est une approche qui se défend dans l’histoire du cinéma (et des autres arts puisque, à ce niveau-là, la critique de cinéma s’est basée sur la critique littéraire). Passons donc votre boiteuse remarque qui ne tient pas debout puisqu’elle part d’un postulat, à cloche-pied, titubant ainsi, comme une simplette, sous mon nez ahuri et savant.

          Mais caché derrière votre dictionnaire des noms propres et vide d’argumentaire que vous êtes, vous tendez le bâton pour vous faire titiller. Il en va de même pour vos insultes concernant ma parenté réactionnaires. L’exigence morale dont vous parlez (excusez-moi de ne pas vous avoir répondu à ce sujet) ne vient pas du mouvement, je ne pense pas que ma génération ait peur de l’immobilisme. Il me semble qu’elle soit tout à la fois figée et obsédée par l’idée du mouvement. Et c’est pour ça, qu’elle s’excite comme vous (sans trop savoir pourquoi) sur la moindre illusion de création. Ainsi, Dumont a réussi à donner corps à toute cette soif d’agitation improductive (vous allez jusqu’à rapprocher la pensée de Deleuze de son film !). De quoi vous plaignez-vous ? La série a bien marché, on aura même une suite à toute cette « créativité ». Oui Dumont me fait un peu peur de par la place qu’il occupe dans votre « argumentaire ». Il est comme Dolan en ce moment, au centre des consensus critiques. À ce sujet, je ne vois pas en quoi mon papier vous pose tant problème puisqu’une armée de bonnes consciences vous accompagne et que ma critique jalouse ne parviendra jamais à atteindre un tel lectorat. C’est la raison pour laquelle une critique négative du film nous a semblé utile sur Sédition, histoire d’inviter au détour d’une navigation sur Internet à entendre un autre son de cloche – là-dessus, je ne peux que me réjouir de votre réaction, sincèrement. Je vous renvoie la question mon cher « Ostrogoth » : pourquoi consacrer autant d’énergie à une critique minoritaire qui va contre le consensus auquel vous adhérez ? Nous ne serons jamais d’accord, et je ne pense pas pouvoir confondre les sceptiques de votre acabit. Je ne trouve pas que Dumont invente grand chose, qu’il fasse parler, dans l’espace dont il se sert, les corps qu’il trahit. Je pense qu’il fait mine de parler de territoire alors même qu’il l’utilise comme un alibi pour faire rire au dépend de misérables à qui, il souffle les répliques que vous devez entendre afin de vous autoriser à rire de bon cœur, en toute complicité avec un personnage qui vous tourne le dos. Ce n’est pas moi qui me suis fait prendre au piège de cette facilité-là. Sans doute le film a t-il quelques qualités, il me faudrait avoir envie d’en parler. Quelque chose de plus fort m’en empêche; je ne supporte pas le postulat de Dumont selon lequel un cinéaste construit son film sur le dos de ses personnages. Vous pourrez me citer toutes les phrases de Proust trouvées dans des papillotes que vous voudrez il y a un moment où la discussion risque d’être difficile. Il y a des manières de filmer, de cadrer ses personnages qui sont immondes sur le plan moral, désolé d’être catégorique mais sur ces plans-là, que votre philosophie vous autorise à bouger, à être en mouvement, cela vous regarde. J’ai écris l’article qui vous questionne tant depuis un film minable à ce propos.

  • Vous avez raison car je ne pratique jamais le « comment » d’articles, mais je constate qu’on se prend facilement au jeu. On pourrait continuer assez longtemps comme ça, mais j’imagine que ni vous ni moi ne le souhaitons / pouvons.
    Ces derniers mots pour essayer de rester sur de l’honnêteté.
    (Sur le ton de la cordialité sincère) :
    Je suis désolé d’avoir cédé comme vous à l’agressivité facile.
    Je ne suis pas d’accord avec vous (ah oui ?) – sauf pour Dolan.
    Je regrette beaucoup que vous ayez ressorti mon « vide d’argumentaire » après un commentaire si long (que j’en revenais pas moi-même) où il y avait peut-être trop de noms propres c’est vrai, mais où il y avait des idées.
    C’est vrai que j’ai davantage réagi à votre article qu’au film, mon désaccord avec votre point de vue m’ayant aidé à préciser le mien, comme c’est souvent le cas.
    C’était (c’est) un « débat » intéressant, peut-être même plus que ce qu’on a pu chacun y apporter ici. Je veux dire, cette histoire de morale, c’est très intéressant. Je continue à vous donner tort là-dessus, en toute franchise.
    Peut-être que l’actualité future nous y replongera.
    Bon courage : je désapprouve vos positions mais j’approuve votre initiative générale.

    • Comme vous dites, le débat depuis Dumont est plus intéressant que ce que nous avons pu en dire ici à propos de la morale – Kapo, on y revient toujours au détour d’un plan, d’un rapport à l’autre-. Et effectivement, ce conflit nous aura permis à chacun de mieux penser nos positions et surtout (malgré tout, de les argumenter, en colère). Je reviens, moi aussi sur le ton de la sincérité et de la cordialité (enfin !), sur un film comme Mommy (sur lequel nous avons l’air de partager le même sentiment) en précisant que si j’ai pu être si négatif envers le film (celui de Dumont m’agace sur un autre territoire mais dans le même domaine finalement) c’est qu’il y a un moment où le consensus prend autant de place que la démarche « artistique ». À un moment elle s’intègre à l’esthétique du film (cf : la bande-annonce de Mommy) on finirait par se demander ce qu’il y a de plus vulgaire : le film ou son ovation unanime? Or c’est une alchimie très calculée ! Et c’est peut-être pour ça que nous en revenons toujours aux Cahiers qui tombent dans tous les panneaux depuis quelques années. Je ne veux pas tirer sur l’ambulance mais dans cette ambiance la critique devrait jouer un rôle. Merci, vraiment, pour vos encouragements et le fait que vous releviez l’intention plus vaste de Sédition. Car c’est, et nous venons de le prouver grâce à notre débat, autour de l’affect et de quelques noms propres que la colère peut -parfois- nous apparaître comme le meilleur moyen d’avancer ailleurs -ou du moins dans la contradiction-. Ainsi, en toute estime, malgré toutes nos insultes réciproques (c’est vous qui avez commencer !!!) je ne peux que nous souhaiter de nous disputer régulièrement…

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