S’abstenir pour s’appartenir

Rien n’est relatif en politique. Les sociaux démocrates allemands en 1933 pensaient que le fascisme l’était. Ils s’imaginaient que ce dernier pouvait être maîtrisé. Or le nazisme a construit son combat à la seule fin de faire dominer son hégémonie. Il a réussi grâce aux complicités locales et internationales. Cela fait évidemment écho à l’élection récente de Donald Trump aux États-Unis.

Il y a et aura des conséquences immédiates et de long terme dans tout l’Occident. C’est hexogène. Nous sommes en train de vivre dans cette ambiance désastreuse du néolibéralisme l’ingérence au sens le plus strict. Mais ce que cela fait craindre c’est ce que nous connaissons par l’Histoire. Nous savons ce qu’a donné la guerre froide dans l’Histoire de l’Europe et pas seulement.

À trop jouer la politique du moins pire on risque de sombrer dans l’abîme du fascisme « multi-face ». L’heure est extrêmement grave : qu’il puisse être dit que désormais sauver la démocratie revient à repousser le problème. Il serait nécessaire, au contraire, de trancher, d’interdire le front national. Ce parti est purement inadmissible en démocratie, c’est un fait, ce sont des gens morts de l’intérieur. Pour le dire autrement zapper cette idéologie est le seul moyen de sauver le système démocratique. Une telle formation politique est intolérable sur un territoire comme la France.

Il est perpétuellement un prétexte au vote utile. Le système est tordu à la base dans de telles conditions. Cette logique est une logique d’irresponsables, un chantage auquel il est difficile de ne pas céder. Mais y céder c’est s’en faire le complice. L’illusion de l’utilité et de la marchandise électorale fonctionne chez des gens très sincères, ce qui pervertit plus encore l’opération de camouflage d’un centre illusoire tantôt de « gauche », tantôt de « droite ». Ce terrain a savamment été préparé par les mesures du néo-libéralisme. L’heure est au désastre, on s’en rend compte chaque jour un peu plus.

Qui prépare le terrain et pour y construire quel avenir ?

Voilà la question de fond.

Le néolibéralisme se nourrit du fascisme et vice versa. Virage à droite depuis le pneu gauche.

  • Le parti devenu modéré serait donc la droite ? Soyons sérieux, on parle de milliers de sacrifiés. Mitterrand a réussi à concentrer les divisions de la gauche historique dont nous parlions déjà il y un an dans ces colonnes. Aujourd’hui l’homme le plus à gauche se réclame de François Mitterrand ; un ex-vichyste.

C’est une énorme contradiction. Par ailleurs, cette gauche historique telle qu’il faudrait la concevoir, celle du P.C.F par exemple, a commis d’énormes erreurs en jetant à la poubelle l’expérience de la pédagogie politique. Aujourd’hui on se trouve avec des prolétaires (pour ce qu’il reste du prolétariat) qui ne se posent pas le problème de tomber dans les bras du fascisme. L’oralité a perdu son sens du dialogue. Si nous faisions un classement des erreurs il nous faudrait aussi, et même surtout prendre en compte celles de la gauche dans l’histoire de ces luttes internes.

La véritable gauche n’a pas réussi à contenir l’implantation néolibérale, elle est pourtant en train de dévaster le monde. Géopolitiquement, il est possible de lire très clairement l’horreur que ce type de phénomène a fait naître. Regardons en face le Moyen-Orient, le Venezuela, cette partie du monde n’est pas bipolaire. Chaque pays aspire à une liberté de scénario ; il est saboté à la racine de manière massive. Il y a une ignoble domination évidente de l’Occident, ici ou là-bas. Les méthodes sont extrêmement brutales.

montluis bonLe monde néolibéral est un monde d’obéissance et de domination. Toute politique dévastatrice doit être suivie, sans prendre le temps de se poser la moindre question.

Terreur des terribles.

La minute est grave.

On se rapproche de l’abîme.

Le problème n’est pas strictement euro centré ni états-unien. C’est une question planétaire. Le réalisme impose la prudence, la distance et le recul face à la situation actuelle. Comment imaginer un monde sans contestations ?

Un monde qui impose une marche… Nous nourrissons nos bourreaux. C’est un signal d’alarme.

Nous observons une certaine lâcheté, voire une lâcheté certaine chez les intellectuels. Shlomo Sand un grand auteur israélien a observé ce phénomène dans son ouvrage. Il a dressé le portrait historique des intellectuels français. Il est très bien placé pour prendre la parole, il a vécu en France. Il a étudié pour sa thèse Georges Sorel, cet idéologue central du début XXe qui fut tiraillé par le fascisme comme par certains gauchistes. Le portrait vaut le coup d’œil pour y lire la lâcheté des intellectuels français, surtout après la chute du mur de Berlin mais pas seulement. Il faut revenir à l’affaire Dreyfus, cette date charnière dans l’Histoire française.

  • Cela a poussé une élaboration de la participation de l’intellectuel dans la vie politique. Zola a eu ce courage. Le courage d’accuser et de défendre l’opprimé. Il faut relire ce texte, le contextualiser pour l’actualiser.

Sland a ainsi fait une critique assez dure des trente/quarante dernières années. Des Dreyfus il y en aura toujours. Surtout depuis la banalisation du rôle de l’intellectuel.

  • B.H.L/LVMH

Zémmour et consort se sont auto-érigés avec la complicité malsaine des médias, tels des remparts au totalitarisme. Ils ont refait l’Histoire pour le pire. Ils ne valent pas un rond. Ils ont été les complices du discours de la C.I.A. Ils sont complices du système qu’accusait Zola.

  • C’est facile de voir le totalitarisme d’un côté sans penser son contrechamp.

Ils ont volontairement omis la radicalité du monde capitaliste telle la poursuite de parano anti-communiste. Ils sont devenus la source « cérébrale » du néo-libéralisme. Il y a comme une renonciation de la critique à se mouiller vraiment. C’est flagrant. Il y a pourtant des intellectuels courageux mais qui n’ont pas accès à la parole ni à l’espace qui devrait leur être destiné. La qualité du débat s’est effondrée à vitesse grand V.

  • On verra…
 
En dialogue avec Frédéric Chandelier
 
 

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